Anny Antoine

1897 Naissance d’Anne Catherine Antoine à Saint-Gilles-les-Bruxelles (le 25 avril)
1913 Décès de la mère d’Anny
1914 Le père d’Anny se remarie
Durant la Grande Guerre, la famille Antoine vit à Uccle dans des circonstances difficiles
1921 Anny déménage à Anvers et habite dans un foyer pour jeunes filles
1924 Anny déménage à Paris et travaille dans une maison de couture
1925 Anny déménage à La Haye et travaille comme professeur. Elle donne des cours privés de français
Anny rencontre Louis Koopman à l’Alliance Française (novembre)
1928 Anny déménage au 10, rue Van Speyk à La Haye
1931 Fiançailles avec Louis Koopman (25 décembre)
1931 Elle obtient le diplôme M.O.-A, correspondant à une licence de français
1933 Elle meurt suite à un accident de tram (25 juin). Enterrement à Erps-Kwerps, en Belgique
1936 La collection de livres de Anny d’environ 600 exemplaires en édition de luxe rejoint la collection de Louis Koopman.

La vie de Anny Antoine

Anny Antoine est née le 25 avril 1897 à Saint-Gilles-les-Bruxelles. Son père est fonctionnaire des chemins de fer et s'intéresse vivement à l'art et surtout à l'histoire. L'ambiance de la maison familiale est telle que la fille unique y revient avec plaisir.

La mort de sa mère en 1913 jette une ombre sur cette période de jeunesse heureuse; son père se remarie en 1914. Dès le début, une grande affection éclot entre Anny et sa seconde mère. La Grande Guerre et l’occupation des Allemands ne sont pas restées inaperçus dans la famille Antoine, qui comptait encore un fils du premier mariage. Le père se bat en France, la mère et les enfants doivent se débrouiller pour subsister malgré le manque de vivres à Uccle, où ils habitaient à l'époque. Anny Antoine a toujours ressenti les conséquences de cette période d’occupation. Depuis elle garde une santé fragile et souffre surtout de troubles gastriques. Elle a toujours gardé une aversion de la 'fureur Teutonique'. Pendant sa vie, elle ne s'intéresse guère à l’Allemagne. A l'Angleterre par contre, oui et on n'exagère pas en disant que son amour pour la culture française en général et pour la langue française et la littérature en particulier s'est intensifié suite à ses souvenirs de guerre. Sa famille est d'origine française: cet amour ne vient donc pas de loin. On ne sait pas trop quelle formation Anny reçoit après son école primaire à Uccle. Sa grande curiosité intellectuelle et sa capacité de travail ont fait qu’elle ait commencé sa carrière comme professeur de français en tant que autodidacte. A la maison, elle disposait en tout cas de tous les livres nécessaires.

Même si elle se sent très à l'aise dans sa maison parentale et qu'elle aime la vie tranquille à Uccle, elle éprouve le besoin de partir. En 1921, elle part pour Anvers dans l'espoir d’enseigner la langue française à ses compatriotes flamands. Elle a des difficultés à trouver des élèves, ce qui ne lui rend pas la vie facile aux bords de l'Escaut, étant donné qu’elle veut être indépendante financièrement.

Anny habite dans un foyer de jeunes filles, 'Le Foyer des Alliés', apparemment une sorte de club associatif permettant des relations amicales et des sorties en commun. Les pensionnaires s’appelaient 'les mouettes', et Anny entretient avec plusieurs d’entre elles une bonne amitié. Malgré tout, elle veut partir d’Anvers; Paris l’attire plus. Anny réussit à mettre de l’argent de côté en travaillant en tant que demoiselle de compagnie dans une bonne famille et part en mai 1924 en direction de la capitale de la Terre promise.

Là-bas, bien-sûr, plus question de donner des cours de français. Anny se trouve du travail dans une grande maison de couture sur l'avenue de l'Opéra, où elle côtoie les meilleurs milieux. Grâce à cela, elle perfectionne son français un peu 'Belge'. De plus, elle développe une activité importante dans le domaine de la culture : elle va au théâtre (une grande passion), visite des musées et des galeries; elle découvre aussi la littérature contemporaine, chose qu’elle avait mise de côté en faveur de la littérature classique et romantique. Ça lui va bien d’habiter à Passy, juste à côté du Musée Balzac, écrivain pour lequel elle avait une admiration sans bornes. Ses hôtes la soutiennent à tout point de vu et la poussent à reprendre les cours de français une fois installée à La Haye. Elle y arrive en octobre 1925.

Après un bref séjour à l'hôtel Astoria (aujourd’hui disparu) et après des séjours dans des pensions à la rue Bazar et la rue Anna Paulowna, elle trouve en 1928 une habitation qui lui plaît beaucoup au 10, rue Van Speyk, chez une famille qui l'entoure avec beaucoup d'affection. Là-bas, elle peut recevoir ses élèves et elle dispose de suffisamment d'espace pour caser sa collection de livres toujours croissante (4 grandes bibliothèques). Tout cela à proximité des bocages de la Haye et de Scheveningen et tout près de la mer. Pas étonnant qu'elle y soit restée jusqu’à la fin.

La Haye s'avère être un bon choix: beaucoup de bonnes familles y résident et pour qui parler le français est de bon ton. Mais Anny Antoine n'est pas la seule à le découvrir: il y a une telle concurrence qu'elle est obligée de prendre un travail comme vendeuse dans une maison de couture nommée Maison de Paris. Elle arrête d'y travailler dans le courant de 1927 à la suite d’une période de maladie et de convalescence qu'elle passe dans sa maison familiale qui depuis 1923 se trouve à Erps-Kwerps en Belgique.

A partir de là, les choses s’arrangent. Elle a de moins en moins de mal à trouver des élèves. Ce sont toutes des filles plus ou moins jeunes comme les convenances l’exigent. Un détail intéressant est qu'elle se fait passer pour une vraie Française, ce qui l'aide à trouver des élèves. Cela se fait probablement surtout sur recommandation, car Anny Antoine est une excellente professeur, elle est sérieuse, méthodique. Elle est très aimable et sait enthousiasmer ses élèves. Certaines de ses élèves sont devenues des amies avec qui elle entreprend des activités durant ses heures libres. Elle n'en a pas beaucoup, car à côté de ses 25 heures de cours qu'elle donne par semaine, elle suit aussi des cours. Elle se prépare pour passer le diplôme M.O.-A. Français, qu’elle obtient en 1931. Elle continue ses études de français à l'Université d'Utrecht. Elle étudie aussi l'italien et le latin et elle essaie d'améliorer sérieusement son néerlandais lacunaire. Tout ça en vue de l'examen de licence et la possibilité éventuelle faire des traductions. Elle dépose aussi une demande pour se faire assermenter en tant que traductrice. Par ailleurs, elle lit beaucoup et il ne faut pas oublier qu'elle aime écrire aussi: des impressions, des esquisses sans prétention, mais aussi des essais sur des sujets littéraires, au début d’un niveau assez scolaire et plus tard d’un ton plus académique. Il existe un mémoire nommé 'Corneille et Racine' pour le professeur Valkhoff et un essai sur la théorie de 'l'acte gratuit' chez André Gide et d'autres. Le reste de son temps libre, elle le consacre aux plaisirs simples de la vie: se promener, aller au théâtre, entretenir des contacts sociaux et parfois faire un voyage. Une vie bien remplie pour quelqu'un de santé fragile et devant se reposer régulièrement.

Tout cela prend une fin à la suite d'un accident tragique et horrible. Le 25 juin 1933, un beau matin de dimanche, en route pour la jetée de Scheveningen, Anny Antoine se fait renverser par un wagon du tram no. 8. Elle meurt sur le coup. Quelques jours plus tard, elle est enterrée au cimetière de Erps-Kwerps.

Voir aussi le film sur Anny Antoine et Louis Koopman.