Les relations culturelles entre la France et les Pays-Bas sont d'une grande importance pour Koopman. Il envisage d'accorder une bourse à des étudiants Néerlandais en langue et littérature française. Et de remettre un prix pour des romans français dont l'intrigue se situe aux Pays-Bas. Finalement, il mise tout sur la collection elle-même. Koopman comprend mieux que personne que sans soutien financier, une collection n'a qu'un avenir incertain. Evidement, il ne peut pas prévoir qu'aux Pays-Bas, la langue française va perdre autant d'intérêt. Maintenant qu'il en est ainsi et que le déclin d'intérêt pour la lecture se reflète dans ce qu'offrent les bibliothèques et les librairies, et que cela se traduit par un délaissement du public, on peut se demander si la Collection Koopman est en train de finir dans une impasse (une collection qui s'agrandit pour un public de plus en plus clairsemé). Rien n’est moins vrai. Les livres de la Collection Koopman sont intéressants non seulement par leur contenu littéraire, mais aussi par leur présentation: typographie, illustration, dédications autographes d’auteurs et d’artistes, réalisation, reliure. Elle est une source de recherches et de présentations. Tout cela rend la collection parfaitement appropriée à une exposition numérique.

L'intérêt que porte Louis Koopman envers les livres français vient probablement de sa prime jeunesse. Sa mère était enseignante et elle avait obtenu une licence de français. La famille appartient à l'église Wallonne et s'intéresse particulièrement à la culture française. Entre autre grâce à l'enthousiasme de Étienne Giran, le pasteur wallon, et celui de son successeur Charles le Cornu. Koopman constitue une collection des publications de ces deux-là, qui a été ajoutée à la collection de la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas. Koopman est formé comme ingénieur, il travaille pour AEG et devient finalement propriétaire de Almara, une entreprise de matériel de radiologie médicale, dont le siège se trouve au Rokin à Amsterdam. Il fréquente des artistes par l'intermédiaire de son affiliation comme amateur d'art et habitué du cercle 'Arti et Amicitiae', où il finit par devenir membre du comité de direction. Après sa mort, sa collection de peintures de Kasper (père) et Eduard Karsen (fils, qu’il connaissait très bien) et des artistes français tels Jules Cavaillès, est vendue aux enchères chez Mak van Waay. A la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas, il lègue le tableau 'La colline' de J.F. Raffaëlli et quelques portraits dont deux de lui-même et deux d’Anny Antoine.

En 1935, Koopman possède 1500 livres. En 1940 : 3000. En 1960, la collection à la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas représente 112 mètres linéaires et comporte plus de 5000 tomes. La collection s'agrandit toujours: 7000 en 1989, et à l'heure actuelle, plus de 8250. Les livres forment 240 mètres linéaires. Actuellement, environ 50 volumes sont acquis tous les ans.

Louis Koopman et Anny Antoine collectionnent des livres de la littérature française moderne dans de belles éditions de luxe. Ce qui rend cette collection intéressante, c’est son large spectre. D'une part, ils acquièrent les œuvres complètes de certains auteurs favoris (Colette, Blaise Cendrars, André Maurois, Paul Valéry, Georges Duhamel, André Gide), mais ils essaient également d'acquérir le plus possible de romans et de recueils de poèmes de l'ensemble des auteurs de l'Entre-deux-guerres. Même chose pour les illustrateurs et les artistes, tels Hermine David, Chas Laborde, Gus Bofa et Jean-Emile Laboureur. Après la Seconde guerre mondiale, Koopman souscrit à chaque publication littéraire qui fait paraître une édition de luxe. Malgré tout, il reste certaines lacunes, comme certains auteurs surréalistes, les livres d’artistes de l'après-guerre et des travaux de certains éditeurs comme Bernouard. Même s'il reste des desiderata, ces lacunes ont été comblées depuis par la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas.

Pendant plus d'un quart de siècle, de 1972 à 2000, Han van Berkel (1939-2000), romaniste et conservateur, est responsable de l'expansion de la collection. Il a des contacts soutenus avec des antiquaires de tous les coins de France et achète, entre autres, les nouvelles publications de Fata Morgana et Kickshaws. A la fin des années 80, toute la collection est cataloguée et en 1989, elle est fait son entrée dans le domaine public grâce à l’exposition In liefde verzameld. A son départ de la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas, on peut considérer qu'un quart de la collection a été acquis sous les auspices de Van Berkel.

Depuis environ 1900, à la première édition d'un texte littéraire, on fait paraître une édition spéciale de luxe sur papier spécial, numérotée et parfois d'un format différent. Cette 'édition originale' représente la véritable première édition. Mais cette publication comporte plusieurs sous-éditions imprimés sur diverses sortes de papier et avec un tirage de plus en plus important. Par exemple: 2 exemplaires numérotés en chiffres romains sur Japon impérial, 2 exemplaires numérotés en chiffres arabes sur papier chinois et 35 sur Hollande van Gelder, dont 10 sont hors-commerce, destinés à l'éditeur, l'auteur et l'artiste. Un exemplaire mentionné en premier dans l'achevé d’imprimer de la sous-édition, est un 'exemplaire de tête'. Tout bibliophile qui se respecte, ne veut posséder que cette édition; la Collection Koopman en comporte des centaines.

Koopman a surtout des contacts avec les écrivains, plus qu’avec les artistes qui figurent dans sa collection de peintures: il leur écrit, et sur sa demande, ils calligraphient des dédicaces dans ses exemplaires; il leur rend visite à Paris et il les reçoit chez lui à Amsterdam. Chez les antiquaires, il achète des lettres et des photos de ces auteurs. Egalement des manuscrits et les premières épreuves de nouvelles et de poèmes, pour lesquels il fait confectionner des demi-reliures. Il collectionne ainsi des spécimens uniques de Colette, Philippe Soupault, Francis Carco, Jean Giono et Valery Larbaud. De plus, la collection compte un nombre de documents d'archives et des albums de photos, concernant surtout Anny Antoine.

Les éditions illustrées sont surtout des éditions de luxe, accompagnées d'épreuves supplémentaires des illustrations (des eaux-fortes, lithos, gravures sur bois), quelques fois tirées avec des couleurs spéciales sur un papier différent. Parfois, on ajoute aux divers exemplaires des eaux-fortes refusées, des esquisses originales du projet ou des gravures. C’est un peu par hasard que Koopman a commencé à connaître le vrai livre d'artiste. Il achète par exemple un livre de Carco sur le peintre Utrillo. C'était un des 5 exemplaires imprimés sur papier de Japon comportant des gouaches originales de l'artiste. C'est ainsi que de telles œuvres d'art uniques trouvent leur place dans sa collection. De Cendrars, il achète La fin du monde paru en 1919. L'auteur le dédicace; à l'époque, c'est une première édition ordinaire, maintenant c'est un livre d'artiste très recherché. Ayant une grande collection d'oeuvres de Cocteau, il va de soi que les oeuvres de Raymond Radiguet, l'amant de Cocteau, y soient rajoutées. C’est ainsi que Les Pélican (illustré par Henri Laurens et édité par Kahnweiler) arrive aux Pays-Bas. Koopman continue d'acquérir des livres d'artiste jusque dans les années soixante, tels Les incongruités monumentales (1967) avec des lithos de Enrico Baj. Après la mort de Koopman, on opte en premier lieu pour agrandir la Collection avec des éditions de luxe illustrées. A l'heure actuelle, la Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas collectionne non seulement le livre bibliophile français, 'le livre de luxe', mais aussi le livre d’artiste, entre autres rehaussé de lithos de Matisse, Picasso ou Ubac, ainsi que d'eaux-fortes de Giacometti et de Jacques Villon, et de gouaches de Sonia Delaunay.

Voir aussi le film sur l'histoire de la Collection Koopman.