A la dérive
Année:
1923
Auteur:
Philippe Soupault
(1897 - 1990)
Éditeur:
Ferenczi

Le collectionneur Louis Koopman entretenait parfois des contacts avec des auteurs et des artistes français afin de faire dédicacer personnellement ses livres. Il s'est ainsi adressé à plusieurs reprises à Philippe Soupault, l'un des rares surréalistes dont il collectionnait les œuvres. Plusieurs lettres de cet écrivain d'avant-garde ont été conservées dans la Collection Koopman, mais une seule d'entre elles est adressée avec certitude à Louis Koopman et elle n'a pour objet que la prise d'un rendez-vous en mai 1938. (Les deux autres lettres datent de 1923 et 1925, mais on ne sait pas à qui elles étaient destinées.) Lors d'une rencontre en 1938, l'écrivain a apposé une dédicace manuscrite dans plusieurs ouvrages.

Philippe Soupault, A la dérive (1923)
Philippe Soupault, A la dérive (1923)

Philippe Soupault, A la dérive (1923)

Philippe Soupault, A la dérive (1923)
Page de titre et verso

Philippe Soupault, A la dérive (1923)

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour *A la dérive* (1923)
Epreuves, folio 1 sur 3

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour A la dérive (1923)

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour *A la dérive* (1923)
Epreuves, folio 55

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour A la dérive (1923)

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour *A la dérive* (1923)
Epreuves, folio 66 sur 67

Philippe Soupault, épreuves et manuscrits pour A la dérive (1923)

Koopman a également acheté des exemplaires particuliers, entre autres la première édition des Champs magnétiques de 1920. C'est un livre écrit par André Breton en collaboration avec Philippe Soupault, signé par tous les deux, et qui comporte une dédicace d'André Breton au marchand d'objets d'art Léopold Zborowski, ainsi qu'une dédicace plus tardive de Soupault à Koopman. Les deux auteurs se connaissaient depuis la Première Guerre mondiale. Soupault avait lu Les chants de Maldoror de Lautréamont alors qu'il était militaire, cela avait été une révélation: 'J'étais couché dans un lit d'hôpital lorsque je lus pour la première fois Les chants de Maldoror. C'était le 28 juin. Depuis ce jour-là personne ne m'a reconnu.' C'est influencé par cette œuvre que Soupault et Breton écrivirent Les champs magnétiques en l'espace de quinze jours. À la fin du printemps 1919, 'l'écriture automatique' était née et, avec elle, le Surréalisme, ce mouvement dont Breton devait prendre la tête. En 1926 cependant, ce dernier exclut Soupault du groupe surréaliste,ainsiqu'Artaud, à cause de leurs idées divergentes. Un destin que devaient subir de nombreux écrivains proches de Breton.

Enquête

Koopman ne collectionnait pas uniquement des livres de Soupault, il avait également acquis quelques manuscrits et épreuves. L'un des documents de la collection est la réponse de Soupault à une enquête sur le symbolisme. Son opinion sur le sujet était: 'Le symbolisme est mort et bien mort'. Cette enquête fut publiée dans Le disque vert de février-avril 1923 sous le titre 'Réponse à une Enquête sur le Symbolisme'. Ce document est la réponse originale de Soupault, avec des instructions pourl'imprimeur. Un deuxième document est sa copie pour un article de magazine, concernant Charlie Chaplin cette fois-ci: 'L'exemplaire de Charlie Chaplin'. Une introduction, dans laquelle il affirme que ce dernier est un génie à l'égal de Sarah Bernhardt, est suivie du poème en prose 'Une vie de chien' (publié dans Littérature, juin 1919). Sa copie comprend encore deux autres poèmes en prose, 'Café-Bar' et 'Ils sont là', et finit par un commentaire sur les déclarations de Waldo Frank au sujet de Chaplin.

Sales et amicales

Quant au second roman de Soupault, A la dérive, Koopman en a acheté l'un des dix exemplaires sur papier Hollande Van Gelder. Ce livre, non coupé, relié en conservant la barbe (le témoin), parut en 1923 chez Ferenczi à la demande de Colette. Il est dédié à André Breton: 'à cause de sa destinée et à quelques autres probablement'. Une dédicace quelque peu énigmatique, et non dénuée d'une certaine ironie. On retrouve cette dédicace, écrite à la main, sur un jeu d''épreuves premier état' de la Collection Koopman: 'à André Breton à qui ce livre est dédié ces épreuves très sales mais très amicales'. Il s'agit en effet d'un paquet de feuillets et de notes manuscrites à l'aspect peu soigné, sur des types de papier disparates (papier à lettre, papier avion, papier pelure), lardées d'une série d'épreuves en placard. En haut de la première page est mentionnée le caractère: '12 Elzevir 2pts, sur 18'. L'auteur a apporté des corrections à l'encre non seulement sur ces épreuves elles-mêmes, mais également sur des bouts de papiers pliés et collés sur celles-ci. On y trouve également des passages dactylographiés, eux-aussi pleins de ratures, de corrections et d'adjonctions. Soupault écrivait ses textes à l'encre verte ou violette. Le tout semble être rangé dans le bon ordre, mais forme un dédale de rajouts et de traits d'inspiration. C'est pourtant ce paquet qui a tenu lieu de copie à l'imprimeur pour le premier tirage du roman, qui tient compte de ces corrections. Cette liasse témoigne de la genèse compliquée du roman.

A la dérive

L'expression 'à la dérive' exprime à la fois l'errance et le déclin. Ce récit est une succession d'événements et d'histoires à l'intérieur d'histoires. David Aubry, le personnage principal, effectue des voyages au Portugal et en Australie. Les épreuves permettent de voir que ces histoires ont réellement été ajoutées au récit par Soupault à un stade ultérieur. Elles sont basées sur la vie d'un voisin de quartier de l'auteur, un marin sur le retour qui cherchait le réconfort dans l'opium et qui a abouti en marge de la société.
Le ton ironique de la dédicace s'explique lorsqu'on lit que Soupault trouvait que le personnage principal d'A la dérive lui faisait penser à un André Breton qui aurait vieilli. (Mais Soupault trouvait partout des ressemblances avec Breton: au Portugal, c'est un jeune mendiant qui lui rappela le poète). Ce roman sur l'abandon des normes est caractéristique de Breton et du surréalisme. Ces épreuves donnent non seulement une idée de la manière dont Soupault travaillait et dont était utilisée 'l'écriture automatique', mais brossent également le tableau des rapports existant dans les milieux littéraires d'une époque mouvementée.

Description bibliographique

Beschrijving: À la dérive / Philippe Soupault. – Paris : Ferenczi, 1923. – (Collection Colette). - 220 p. ; 23 cm
Drukker: Ramlot et Cie. (Parijs)
Oplage: 30 exemplaren
Exemplaar: Nummer 5 van de 10 op Hollande
Bijzonderheid: Met opdracht van de auteur
Met de oorspronkelijke drukproef, met tientallen bladzijden aanvullingen in handschrift en in typoscript, gesigneerd.
Met opdracht aan L.J. Koopman, 1938.
Papier, 133 fol, 270x206 mm. Parijs, [ca. 1923]
Aanvraagnummer: Koopm B 469 (boek), 77 G 48 (drukproeven en brief)

Références bibliographiques

  • Arlette Albert-Birot, Philippe Soupault, l'ombre frissonnante: Colloque de l'ICP. Paris, Jean-Michel Place, 2000
  • Keith Aspley, The life and works of surrealist Philippe Soupault (1897-1990): Parallel lives. Lewiston, Edwin Mellen Press, 2001
  • Cahiers Philippe Soupault. Villejuif, Association des Amis de Phillippe Soupault, 1994-2000
  • Paul van Capelleveen, Sophie Ham, Jordy Joubij, Voix et visions. La Collection Koopman et l'Art du Livre français. La Haye, Koninklijke Bibliotheek, Bibliothèque nationale des Pays-Bas; Zwolle, Waanders, 2009
  • Henri-Jacques Dupuy, Philippe Soupault. Paris, Seghers, 1957
  • Philippe Soupault, Ecrits de cinéma. Paris, Plon, 1979
  • Philippe Soupault, Histoire d'un Blanc. Paris, Lachenal & Ritter, 1986
  • André Vielwahr, S'affranchir des contradictions: André Breton de 1925 à 1930. Paris, L'Harmattan, 1998