Village

Année:
1950
Auteur:
Jean Giono
(1895 - 1970)
Artiste:
Edith Berger
(1900 - 1994)
Éditeur:
Prochaska

En 1932 Giono rencontra l'artiste Édith Berger dans sa propre ville natale, Manosque, au nord de Marseille. Giono l'appelait 'le peintre du pain quotidien'. A partir de 1934 Berger s'installa dans le village de Lalley en Trièves où elle devait rester jusqu'à sa mort. Elle invitait Giono à venir y passer ses vacances, ce qu'il fit deux ou trois fois. Il a décrit le paysage dans ses récits: vastes champs de lavande, doux versants de coteaux et sommets enneigés. Lorsque la menace de guerre s'amplifia, Giono adhéra à un groupe pacifiste et écrivit sur ce sujet des textes comme Vivre libre (1938 et en 1939). En 1939 il fut emprisonné pour une courte durée à Marseille à cause de ses publications défaitistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale il publia dans des revues où paraissaient aussi des textes nazis. En 1943 la résistance fit exploser une bombe devant sa maison et après la guerre son oeuvre fut bannie pour quelque temps.

Les ennemies de l'homme moderne

'C'est au village que les travaux et les jours ont toute leur noblesse', ainsi commence le récit de Jean Giono: Village. Le village en question est Lalley, où habitait l'artiste Édith Berger. Elle fit aussi les illustrations pour ce court récit que Giono écrivit en février 1950. Son biographe, Pierre Citron, a noté que ce récit avait été écrit dans le style tardif 'désinvolte, acéré' de Giono mais qu'en réalité le thème était pour lui périmé. Il régnait encore dans ce village l'ambiance bucolique des poèmes de Virgile, un environnement paisible, exempt des démons qui apparaissent dans un autre livre de Giono issu de cette période, Faust au village. Cette nostalgie était nourrie par des pensées tourmentées sur la France de l'après-guerre: Giono était à la recherche du bonheur de la période de son enfance.

Giono a écrit sur la simplicité et le naturel de la vie à la campagne. Il voyait comme les deux ennemis de l'homme moderne: la vie citadine et l'intelligence. En revanche il y a les alliés naturels: paysage et intuitions, animaux et traditions ancestrales. Il espérait que les paysans se révolteraient contre la modernisation de la vie; cependant, dans son propre récit (Village) ceux-ci ne s'y préparent pas. 'S'il parle de bon ou de mauvais caractère, soyez assuré que c'est de bêtes et non de gens qu'il s'occupe'. Un autre propos du livre: 'Notre époque d'électricité (ne disons pas plus), qu'est-ce qu'elle est capable de voir dans un mouton, à part des côtelettes!'.

A partir de 1946 Giono revint tous les ans à Lalley. Édith Berger a réalisé pour Village une série de linogravures après quoi Giono a écrit son introduction. La beauté sauvage du paysage ne transparaît pas directement dans ses linogravures. Ce sont des représentations simples, imprimées en noir et blanc, qui font penser aux scènes rustiques d'impressionnistes tels que Camille Pissarro. Pour un autre livre de Giono (Les vraies richesses) le photographe Gerull Kardas a fait 112 photos en noir et blanc où manque donc également la couleur du paysage. Par contre, les photos tout comme les linogravures de Berger, donnent une bonne impression du monde paisible dans lequel ont été fixés un cerf au repos, une faucheuse, le pataugeage autour d'un char à foin, ou la sérénité d'un paysage enneigé. Village a été réédité en 1985, cette fois-ci sans les linogravures mais avec des dessins de Berger au crayon et aux pastels, qui donnent une impression plus paisible, plus colorée et de ce fait plus vivante de la Trièves.

La première édition a été imprimée en juin 1950 par François Prochaska avec un tirage limité à 150 exemplaires. La Collection Koopman en possède le numéro 75, sur papier vélin d'Arches. Prochaska (probablement né à Sanak, Pologne) disposait d'une presse à main et utilisait pour la composition un caractère approprié, le Montaigne. Sa marque d'imprimeur représente, outre ses initiales, des bois entre lesquels se tient un personnage féminin aux bras ouverts. Il a lui-même également illustré des livres (en 1954 par exemple Intimité de l'Ile Saint Louis de A. T'Sersteven, qu'il a aussi édité lui-même). Édith Berger a fait une linogravure pour presque toutes les pages de Village, soit 25 au total.

Description bibliographique

Description: Village / texte de Jean Giono ; linograv. d'Edith Berger. - Paris: [Prochaska], 1950. – xxv p. ; 31 cm
Imprimeur: François Prochaska (Paris)
Tirage: 150 exemplaires
Exemplaire: No. 75 des 150 sur papier vélin d'Arches
Caractère Montaigne
Bibliographie: Monod-5423
Cotation: Koopm A 304

Références bibliographiques

  • Pierre Citron, Giono 1895-1970. Paris, Éditions du Seuil, 1990
  • Gaïté Dugnat, Pierre Sanchez, Dictionnaire des graveurs, illustrateurs et affichistes français et étrangers (1673-1950). Dijon, Echelle de Jacob, 2001
  • Jean Giono, Village. Lyon, La Manufacture, 1985
  • Pierre Magnan, La Provence de Giono. Paris, Éditions du Chêne, 2000
  • Denis Labouret, Les grands chemins de Giono ou Les détours du temps. Paris, Belin, 2000

Couverture avec linogravure de Édith Berger
Couverture avec linogravure de Édith Berger

Couverture avec linogravure de Édith Berger

Page vi avec linogravure de Édith Berger
Page vi avec linogravure de Édith Berger

Pagevi avec linogravure de Édith Berger

Pagina xiv with linocut by Édith Berger
Pagina xiv with linocut by Édith Berger

Paginaxiv with linocut by Édith Berger

Justification de tirage
Justification de tirage

Justification de tirage

Colophon
Colophon

Colophon